La lamentation du dernier banc

Ô vous qui rentrez dans cette église, ayez pitié
Du dernier banc, vers le pilier.
Pourquoi, sur moi, vous acharner toujours ?
Quitte à vous serrer comme les pains dans un four ?
Suis-je plus moelleux, plus confortable; moins anonyme,
Que mes frères de devant pourtant du même millésime ?
À moins qu'en souvenir du publicain de l'Évangile,
Vous ne restiez près de la porte, à cause de votre foi fragile !

Est-ce par souci d'humilité
Que vous restez près du bénitier ?
Si quelqu'un guignait par la fenêtre
On pourrait croire que vous avez peur du prêtre.
Parfois pour m'alléger la tâche,
Les curés font des remarques et se fâchent.
« Avancez, que diable, le Bon Dieu veut vous voir! » 
Mais, le dimanche suivant, sur mon séant
Tous reviennent choir !

Un curé de ma connaissance; puisqu'il était à Massongex,
A. Grimentz, avait inscrit :«Les 10 premiers bancs sont chauffés ! »
Votre curé d'aujourd'hui au sermon ne dira rien,
Mais comme je le connais, il n'en pense pas moins !
Un jour passant près de moi,Il m'a confié tout bas :
« Pauvre banc, le jour où tu seras vide: j'aurai pas mal de rides !»
Excusez-moi pour ces quelques épines –
Mais ma planche est si lisse que j'ai grise mine

Abbé M. CARRAUX, Massongex, Suisse

source : http://www.moniales-op.ch/spiritualite/humour-et-spiritualite